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Le drapeau franco-ontarien ne flotte plus à Greenstone

29 février 2024
Politique et Économie
Isabelle Bourgeault-Tassé, écrivaine franco-ontarienne
PHOTO TARA WALTON, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES
Drapeau franco-ontarien peint dans une vitrine à Sudbury, en Ontario

C’est un emblème qui a rallié des générations de Franco-Ontariens. Fruit de la jeunesse, de la folie et de l’audace, le drapeau franco-ontarien a flotté pour la première fois en 1975, créé par une intrépide bande de jeunes hommes, dont Michel Dupuis, Gaétan Gervais, Donald Obonsawin, Normand Rainville et mon père, Yves Tassé.

Il est né d’une décennie tumultueuse et pleine d’espoir de résistance francophone et de construction communautaire en Ontario. Une époque où les francophones ont cherché à se dire comme société et comme citoyens à part entière de cette province.

Mais la semaine dernière, dans un « glissement glacial⁠1 » pour les Franco-Ontariens, la municipalité de Greenstone, près de Thunder Bay, a voté en faveur du retrait définitif du drapeau franco-ontarien des mâts de la ville.

​​ « L’objectif de la politique est de montrer l’égalité et la réconciliation », a déclaré le maire de Greenstone, James McPherson, dans le but d’avancer les efforts de réconciliation avec les six Premières Nations de la région et de veiller à ce que « tous les groupes soient reconnus de façon égale ».

Comme on dit en Ontario français : ouate de phoque.

« À croire que les chemins de la réconciliation passent nécessairement par la négation de l’identité franco-ontarienne », écrit Mehdi Mehenni dans le journal Le Voyageur. « Ce qui revient à réparer une injustice par une autre. »

Certes, la réconciliation doit progresser dans les deux langues officielles du Canada, partout où elles sont parlées. Et elle doit reconnaître – et non effacer – l’existence des Autochtones franco-ontariens. Comme Donald Obonsawin, l’un des pères du drapeau franco-ontarien, qui est également issu de la nation abénaquise au Québec.

Dans une interview accordée à Radio-Canada⁠3, l’historien Serge Dupuis explique que la ville de Greenstone pourrait faire flotter le drapeau ontarien sous le drapeau canadien, libérant ainsi un mât pour le déploiement permanent du drapeau franco-ontarien et des drapeaux représentant les communautés autochtones.

« On donne l’impression que le drapeau de l’Ontario est un symbole rassembleur », poursuit Serge Dupuis. « Or, quand on connaît l’histoire de ce drapeau-là et les symboles qu’il contient, c’est quand même un drapeau colonial ; on essaye de récupérer le symbole britannique de l’Union Jack. » Le besoin de créer des drapeaux franco-ontariens et autochtones, ajoute-t-il, est né du sentiment de ne pas être suffisamment représentés par ce drapeau.

Effacer l’expérience franco-ontarienne

Si le maire James McPherson a d’abord soutenu que cette mesure visait à favoriser l’égalité et la réconciliation avec les communautés locales des Premières Nations, elle a effacé l’expérience franco-ontarienne et notre responsabilité en matière de réconciliation.

Depuis, Greenstone a ouvert la porte à une conversation, ce qu’elle aurait dû faire dès le départ.

Les Franco-Ontariens de Greenstone se sont mobilisés, en consultant les Premières Nations de la région, en arborant le drapeau dans les résidences et les entreprises francophones et en organisant une députation qui sera entendue par le conseil municipal plus tard ce mois-ci.

La décision de la Ville souligne la nécessité d’une approche nuancée, consultative et inclusive – une approche qui respecte et célèbre les histoires, les diasporas et les cultures uniques que les Franco-Ontariens apportent à la mosaïque de notre province.

La réconciliation passe par l’inclusion. Et la consultation. En engageant les Franco-Ontariens, Greenstone pourrait montrer l’exemple. Et susciter des transformations sociales en faveur de la réconciliation.

 

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